Chronologie des différentes adresses de la Sûreté parisienne

De la célèbre rue de Jérusalem, qui fleure bon les aventures de Vidocq et de ses agents, au moderne 36, quai des Orfèvres, le service de la Sûreté – nom donné au service d’élite de la police parisienne chargé des affaires criminelles les plus délicates – a changé plusieurs fois d’adresses et de locaux, sans pour autant quitter le petit périmètre situé sur l’île de la Cité, entre la rue de Harlay, le quai de l’Horloge et le quai des Orfèvres.

Voici un récapitulatif des différentes étapes de l’histoire de la Sûreté parisienne :

1816

La Préfecture de Police est établie cour de Harlay, dans l’ancien hôtel de la Présidence (du Parlement). Comme l’une des entrées se fait par la rue de Jérusalem (approx. à l’emplacement de l’actuel n° 34 du quai des Orfèvres), la Préfecture de Police est souvent désignée par le nom de cette rue (pour plus d’iconographie concernant la rue de Jérusalem, consultez le «  tableau » que j’ai consacré à la Sûreté parisienne sur Pinterest ou encore cette page de l’Institut national d’histoire de l’art).

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Le Palais de Justice et la Préfecture de police dans la première moitié du xixe siècle (© Éric Vivian)
Entrée de la rue de Jérusalem sur le quai des Orfèvres (aux environs de 1850)

1854

Dans le cadre de la construction du nouveau Palais de Justice, les maisons sur la rue de Harlay sont expropriées et vidées de leurs occupants.

1856

Chassée de la cour de Harlay et de l’hôtel de la Présidence par l’agrandissement du palais de Justice, la préfecture de police est installée dans les immeubles de la rue de Harlay. Elle fait établir des arches aux trois entrées (place Dauphine, quais de l’Horloge et des Orfèvres) pour faire de la rue une sorte de cour.

1857

La démolition des vieilles constructions de la cour Lamoignon, de la rue Basville et de la cour du Harlay est commencée. Chaque jour les employés quittent les anciens bâtiments pour s’installer dans les nouveaux bureaux, où sont déjà, du côté de la place Dauphine et dans les maisons de la rue du Harlay, les bureaux des passeports, des hôtels garnis, du personnel, la police municipale, le service de sûreté, le service des poids et mesures, le bureau de permanence, etc.

1867

La Cour de cassation sur le quai de l’Horloge est inaugurée le 4 novembre (même s’il elle n’est pas entièrement achevée intérieurement) ainsi que les nouvelles salles de la cour d’Assises et la nouvelle salle des Pas-Perdus (aujourd’hui, vestibule des Assises ou vestibule de Harlay).

1868-1870

Alors que la façade monumentale du Palais de Justice côté ouest est presque achevée (il lui manque son grand perron, dont les travaux commencent en 1869), on s’active à terminer la construction de la nouvelle préfecture de Police sur le quai des Orfèvres. Une première partie ayant été livrée vers janvier 1870, les fonctionnaires de la préfecture commencent à déménager, quai des Orfèvres, en particulier le service des archives.

1870

La guerre franco-prussienne, déclarée le 19 juillet, et ses suites insurrectionnelles, vont surseoir à l’installation des services dans la nouvelle Préfecture. À la fin de la Commune, la cour de cassation est partie en fumée, tout comme la nouvelle Préfecture. La nouvelle salle des Pas-Perdus et la façade principale (bâtiment des assises), qui se trouvent entre les deux, sont épargnées par les flammes. Les archives de la Sûreté sont elles aussi parties en fumée.

1871

Suite à la destruction de la nouvelle Préfecture, les services centraux de la Préfecture de Police, en particulier le cabinet du préfet, sont déménagés dans l’un des deux hôtels de la récente caserne de la Cité. Après avoir passé quelques jours entassé dans les sous-sols du quai d’Orsay, le service de la sûreté est installé au 7, quai de l’Horloge, juste au-dessous de la salle d’audience de la cour de cassation, dans le voisinage du dépôt, à proximité des cabinets des magistrats, substituts, et juges d’instruction avec lesquels les enquêteurs travaillent en permanence. Épargné par l’incendie, sur la pointe nord du Palais de Justice, l’endroit combine pièces obscures, WC « ouverts à tout venant » et couloirs encombrés de casiers et d’armoires, le tout baignant dans une odeur prégnante de gaz d’éclairage. Les travaux ayant été plus longs que prévu, la préfecture de Police aura occupé la rue de Harlay de 1856 à 1871.

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Le bâtiment de la Cour de cassation après l’incendie de la Commune

1871-1872

Les immeubles sur le côté droit de la rue de Harlay (numéros impairs) sont démolis pour l’achèvement de la construction du grand perron, dont les travaux ont été interrompus à cause de l’Insurrection, et qui doit accompagner la façade monumentale du nouveau Palais de Justice.

1874

Les derniers services de la préfecture (passeports et garnis) qui s’accrochaient encore place Dauphine sont déménagés, et les immeubles sur le côté gauche de la rue de Harlay (numéros pairs), qui fermaient la place, disparaissent pour dégager la vue sur le nouveau Palais.

1878

Fin du gros œuvre pour le bâtiment sud du Palais de Justice, en pierre de taille et sur cinq étages, normalement dévolu aux services de la Préfecture de police. Cependant, sommé d’avaliser l’emménagement dans les locaux reconstruits, le préfet Félix Voisin refuse, préférant rester dans la caserne de la Cité (construite entre 1863 et 1867).

1882

Après six mois d’incessantes réclamations, Gustave Macé, qui a pris ses fonctions de chef de la Sûreté en 1879, est le premier à voir son cabinet installé au deuxième étage du 36, quai des Orfèvres, dans une « vaste galerie éclairée par un bec de gaz ». Avec lui, et au milieu des gravats, emménagent divers services : passeports, permis de chasse, garnis, livrets, sommiers judiciaires, délégations spéciales, archives, deuxième bureau de la première division (individus arrêtés). Une partie de la Sûreté s’installe sans doute à cette adresse (« brigade du chef »), mais il semble que le gros du service, de même que la section des mœurs, soient demeurés quai de l’Horloge. Son successeur, Louis Kuehn, a lui aussi occupé le cabinet du 36, quai des Orfèvres.

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Entre le 7, quai de l’Horloge et le 36, quai des Orfèvres s’étend un un « dédale de greniers, de couloirs, de soupentes, de passerelles et d’échelles »

1885

À la mort de Kuehn d’une crise cérébrale dans son bureau, le nouveau chef de la Sûreté, Ernest Taylor, choisit de réintégrer le 7, quai de l’Horloge. Ce faisant, son but était surtout de plaire à M. Caubet, le chef de la police municipale (et son supérieur hiérarchique), dont ses deux prédécesseurs avaient pourtant cherché à s’affranchir.

Palais de justice
Plan du Palais de justice (extrait d’un guide touristique du début du xxe siècle)

1888

Le 19 avril, le cabinet du chef de la sûreté est définitivement établi au 36, quai des Orfèvres. Selon Claude Cancès et Charles Diaz (« Histoire du 36 illustrée », éd. Jacob-Duvernet), la « brigade du chef » occupe « l’aile sud du quatrième étage du 36, quai des Orfèvres, avec comme voisin immédiat, juste au-dessus d’elle et sous les combles, le service d’identification anthropométrique ». Dirigé par Alphonse Bertillon, le service d’identification anthropométrique a été créé deux mois plus tôt et le service judiciaire photographique déjà existant y a immédiatement été rattaché. Au fur et à mesure de son développement, le service s’étend sous les combles du Palais de justice, « dans un dédale de greniers, de couloirs, de soupentes, de passerelles et d’échelles » entre le quai de l’Horloge et le quai des Orfèvres.

Note manuscrite du chef de la Sûreté de l’époque, Marie-François Goron, indiquant la date effective du transfert de son service au 36, quai des Orfèvres (extrait de « Histoire du 36 illustrée » de Cancès et Diaz)
Note manuscrit du chef de la Sûreté de l’époque, Marie-François Goron, indiquant la date effective du transfert de son service au 36, quai des Orfèvres (document emprunté à « Histoire du 36 illustrée » de Cancès et Diaz)

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