« Serial auteur »

 

Avec sa série de polars, Fabrice Bourland ressuscite le genre des « détectives de l’occulte ».
 
 

EN DATES

1968 : naissance à Libourne (Gironde)
1994 : fanzine L’Imbriaque
2000-2006 : revue Nouvelle Donne
2008 : publie ses deux premiers romans en « Grands détectives ». Le Fantôme de Baker Street sera traduit en anglais et promu dans le métro londonien.

 

Cinéphile, Fabrice Bourland se plaît à citer cette phrase de Jean-Luc Godard : « Jusqu’à l’âge de vingt ans, on fait son panier. » Et ajoute : « Moi, maintenant, je “vide mon panier”. Je rends à mes auteurs favoris, Poe ou Conan Doyle entre autres, ce qu’ils m’ont donné. À l’adolescence, les livres m’ont sauvé. Quand on est dépressif, Nerval, c’est excellent ! » On le croit sur parole.

À l’origine, Bourland, lecteur boulimique, est un amateur de littérature « de genre », pas loin du fantastique et plutôt anglo-saxonne. Et un fan de nouvelles. Dès 1994, à la fac de Paris-8 (ex-Vincennes), il crée L’Imbriaque, un fanzine photocopié dédié au texte court. « L’entreprise avait un côté héroïque, romantique. » Puis l’histoire se professionnalise et notre ami devient un « spécialiste » de la nouvelle. Il en publie chez des éditeurs dédiés, et devient rédacteur en chef de Nouvelle Donne, référence du genre. « Un sacerdoce », dit-il, mais l’affaire marche plutôt bien (10 000 exemplaires environ), jusqu’à ce que surgissent des problèmes de distribution avec les NMPP, et des difficultés financières. La revue, qui « n’a pas pris à temps le tournant du Web », disparaît en 2006.

Fabrice Bourland se retrouve avec « plein de temps libre », qu’il va occuper intelligemment : il écrit ce Fantôme de Baker Street qui lui trottait dans la tête depuis longtemps. Un polar décalé, hommage à ces « détectives de l’occulte » en vogue au début du xxe siècle, servi par deux héros, Andrew Singleton et James Trelawney, dont le premier ressemble pas mal à son inventeur. Le roman se situe en 1932, juste après la mort de Conan Doyle.

Envoyé par la poste à quatre éditeurs dont 10/18, le projet est accepté dans la collection « Grands détectives », à condition de pouvoir publier en même temps un deuxième épisode de ce qui devra devenir une série. Le Fantôme de Baker Street et Les Portes du sommeil paraissent donc en 2008. Avec succès. Bourland enchaîne avec La Dernière Enquête du chevalier Dupin, hommage à Poe, puis continue d’explorer les arcanes des années 1930 et notamment la montée des fascismes.

Hollywood Monsters, son sixième roman, se passe à Los Angeles, en 1938. Les héros se trouvent embarqués dans une bien étrange enquête, suite à la mort d’un loup-garou ! « La série, explique Bourland, courra jusqu’au Blitz de 1944, où mourra Trelawney. C’est bien de faire mourir ses personnages, pour passer à autre chose. » Nous n’en sommes pas encore là. Savourons cette plongée dans l’univers des studios Universal, à l’époque de Boris Karloff et de Béla Lugosi.

Par Jean-Claude Perrier dans Livre-Hebdo du 9 janvier 2015.